Codex of FaithsUn atlas illustré des croyances

Ordres secrets

Les cathares

Dissidents chrétiens du Midi et d’Italie du Nord, condamnés comme hérétiques, écrasés par la croisade des albigeois et l’Inquisition, puis érigés en gardiens de trésors secrets.

Histoire documentée

L’essentiel de ce récit est étayé par des archives, l’archéologie ou des sources contemporaines.

Époque
XIIe siècle – 1321
Où
Le Languedoc, dans le sud de la France, et l’Italie du Nord
Traditions
Christianisme

En bref

  1. I.Les cathares étaient des dissidents chrétiens qui prospérèrent aux XIIe et XIIIe siècles, surtout en Languedoc et en Italie du Nord.
  2. II.Leurs chefs, appelés bons hommes et bonnes femmes, menaient une vie ascétique rigoureuse et enseignaient que le monde visible était l’œuvre d’un principe mauvais et non du Dieu bon.
  3. III.L’Église les condamna comme hérétiques, et la croisade des albigeois (1209–1229), puis l’Inquisition, anéantirent le mouvement au début du XIVe siècle.
  4. IV.Les historiens débattent encore du degré d’organisation et d’unité du mouvement, tandis que la légende moderne l’a associé à des trésors, au Saint-Graal et à un savoir secret.

Ce que montrent les preuves

  • Le pape Innocent III lança une croisade contre les hérétiques du Languedoc en 1208, et les combats durèrent de 1209 à 1229.
  • Les croisés mirent à sac la ville de Béziers en juillet 1209 et en tuèrent une grande partie des habitants.
  • La forteresse de Montségur tomba en mars 1244, après quoi plus de deux cents personnes furent brûlées.
  • Les registres de l’Inquisition, comme celui de l’évêque Jacques Fournier, conservent des témoignages détaillés sur les croyants.
  • Le dernier bon homme cathare connu du Languedoc, Guilhem Bélibaste, fut brûlé en 1321.

Ce que l’on raconte

  • La légende veut que les cathares aient caché à Montségur un trésor qui fut emporté en secret avant la reddition.
  • Certains auteurs affirment que les cathares gardaient le Saint-Graal.
  • Des livres populaires prétendent que les cathares avaient préservé une forme secrète et originelle du christianisme.
  • Une phrase célèbre, « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », est attribuée à un légat pontifical à Béziers, mais elle fut consignée plus de dix ans après et n’est peut-être pas authentique.

Chapitre I

Les bons hommes du Languedoc

Au XIIe siècle, beaucoup de chrétiens d’Europe occidentale aspiraient à une vie religieuse plus pure que celle qu’ils voyaient dans une Église riche et mondaine. Dans les villes et les villages du Languedoc, entre Toulouse et la Méditerranée, ainsi que dans les cités d’Italie du Nord, des prédicateurs gagnèrent des fidèles en vivant dans la pauvreté, en jeûnant, en s’abstenant de viande et de relations sexuelles, et en enseignant à partir du Nouveau Testament. Leurs fidèles les appelaient bons hommes et bonnes femmes. Leurs adversaires les traitaient d’hérétiques, et les noms de cathares et d’albigeois, d’après la ville d’Albi, viennent surtout de leurs détracteurs.

Leur enseignement était dualiste. Ils tenaient que le monde matériel avait été créé ou était gouverné par un principe mauvais, et que les âmes humaines étaient des esprits prisonniers des corps. Le salut passait par un sacrement unique, le consolamentum, une imposition des mains qui faisait du croyant l’un des parfaits. La plupart des simples croyants ne le recevaient qu’à l’approche de la mort.

En Languedoc, le mouvement bénéficiait de la protection de nombreux seigneurs locaux. Après l’assassinat d’un légat pontifical en 1208, le pape Innocent III appela à la croisade. À partir de 1209, des armées du nord de la France commandées par Simon de Montfort assiégèrent villes et châteaux, et la guerre devint une lutte pour le contrôle du Midi, qui s’acheva par le traité de Paris en 1229. La guerre laissa de profondes cicatrices. De nombreuses villes et familles nobles perdirent leurs terres, et le comté de Toulouse finit par passer à la couronne de France, transformant durablement la carte politique du sud de la France. Les dissidents qui survécurent entrèrent dans la clandestinité ou s’enfuirent en Lombardie et en Catalogne.

Chapitre II

Croisade, Inquisition et débat des historiens

La violence de la croisade est bien documentée. À Béziers, en 1209, les croisés massacrèrent une grande partie de la population, et de nombreux dissidents furent brûlés après la chute de villes et de châteaux. À partir des années 1230, la papauté nomma des inquisiteurs, souvent des frères dominicains, chargés d’interroger systématiquement les suspects. Leurs registres consignent des milliers d’interrogatoires, indiquant qui assistait aux sermons, qui hébergeait les bons hommes et qui recevait le consolamentum. La reddition de Montségur en 1244 et le bûcher de plus de deux cents personnes qui suivit devinrent la fin symbolique du mouvement organisé en Languedoc.

Ces registres sont notre source la plus riche, mais ils ont été produits par les ennemis du mouvement, souvent sous la contrainte. Le registre de Jacques Fournier, futur pape Benoît XII, rendu célèbre par l’étude d’Emmanuel Le Roy Ladurie sur le village de Montaillou, montre combien la croyance était tissée dans la vie familiale quotidienne au début du XIVe siècle.

Les spécialistes ne s’accordent pas sur l’interprétation de ces sources. Beaucoup, comme Malcolm Lambert et Malcolm Barber, décrivent une Église dualiste organisée, dotée d’évêques et liée aux bogomiles des Balkans. D’autres, dont Mark Pegg et R. I. Moore, soutiennent que les hommes d’Église et les inquisiteurs ont plaqué une idée plus unifiée du catharisme sur des croyances locales variées. Le débat se poursuit.

Chapitre III

Trésor, Graal et pays cathare

Les légendes sur les cathares se sont surtout développées aux XIXe et XXe siècles. Certains témoignages relatifs à Montségur mentionnent que quelques croyants s’échappèrent avec de l’argent avant la reddition. À partir de cet indice, des auteurs plus tardifs imaginèrent un trésor fabuleux, parfois décrit comme des textes sacrés, voire le Saint-Graal lui-même. Dans les années 1930, l’écrivain allemand Otto Rahn chercha le Graal à Montségur, et ses livres nourrirent une mythologie romantique, plus tard exploitée politiquement. D’autres présentèrent les cathares comme les héritiers d’une sagesse gnostique, voire druidique, très ancienne.

Dans le sud de la France, les cathares sont aussi devenus des symboles de l’identité régionale, de la langue et de la culture occitanes, et de la résistance à la conquête venue du Nord et à la persécution religieuse. Depuis la fin du XXe siècle, le département de l’Aude promeut ses châteaux en ruine perchés sur les hauteurs sous le nom de « pays cathare », attirant de nombreux visiteurs, alors même que la plupart de ces forteresses ont été reconstruites après la croisade.

Les cathares apparaissent dans des romans, des documentaires et des histoires alternatives, souvent sous les traits de doux mystiques détenteurs d’un secret caché. Les historiens rappellent que les personnes réelles étaient des chrétiens du Moyen Âge, avec leurs propres croyances et leurs propres conflits. Leur histoire reste saisissante en raison des souffrances bien réelles qui leur furent infligées pour leur foi. Aujourd’hui, quelques petits groupes se disent néo-cathares et s’inspirent du mouvement médiéval, sans qu’aucun lien documenté ne les y rattache.

Questions fréquentes

Les cathares se donnaient-ils eux-mêmes le nom de cathares ?

Rarement, voire jamais. Le nom était surtout employé par leurs adversaires. Les fidèles parlaient généralement des bons hommes et des bonnes femmes, ou simplement des bons chrétiens.

Les cathares possédaient-ils le Saint-Graal ?

Aucune preuve ne l’atteste. L’idée s’est développée à l’époque moderne et n’a aucun fondement dans les sources médiévales.

Sources et lectures complémentaires

  1. Malcolm Lambert, The Cathars (Blackwell, 1998)
  2. Malcolm Barber, The Cathars: Dualist Heretics in Languedoc in the High Middle Ages (Longman, 2000)
  3. Mark Gregory Pegg, A Most Holy War: The Albigensian Crusade and the Battle for Christendom (Oxford University Press, 2008)