Chapitre I
Un jeu de cartes de l’Italie de la Renaissance
Le tarot fut d’abord un jeu de cartes. Au début du XVe siècle, les cours de l’Italie du Nord ajoutèrent une cinquième couleur de cartes illustrées, appelées trionfi (« triomphes »), aux jeux ordinaires composés des couleurs de coupes, de deniers, d’épées et de bâtons. Les plus anciennes mentions connues, à Florence et à Ferrare dans les années 1440, évoquent des carte da trionfi, et le nom de tarocchi, dont dérive « tarot », apparaît vers 1500. Les joueurs utilisaient les triomphes comme atouts permanents dans des jeux de levées.
Certains des plus beaux jeux anciens furent peints à la main pour les ducs Visconti et Sforza de Milan au milieu du XVe siècle et subsistent, en partie, dans des musées et des bibliothèques. Leurs atouts montrent des figures familières à un public chrétien de la Renaissance : l’Empereur et le Pape, des vertus comme la Justice et la Tempérance, la Mort, la Roue de Fortune, le Jugement dernier et le Monde, ainsi que le Fou. Les spécialistes y lisent une séquence tirée de l’allégorie morale, des processions civiques et de la poésie triomphale, comme les Trionfi de Pétrarque.
D’Italie, le jeu se répandit en France, en Suisse et dans une grande partie de l’Europe centrale. Le modèle standard du « tarot de Marseille » se diffusa largement en France et en Suisse, et l’on joue encore au tarot aujourd’hui, surtout en France, en Autriche et dans certaines régions d’Italie. Pendant environ trois siècles, les sources conservées montrent que les cartes servaient très majoritairement au jeu, sans aucun signe d’un système occulte qui leur aurait été associé.