Quelle différence ? · Christianisme
Orthodoxie byzantine et orthodoxie orientale
Orthodoxes byzantins et orientaux se séparèrent après le concile de Chalcédoine (451) sur la façon de dire les deux natures du Christ, une différence surtout de mots.
Côte à côte
| Aspect | Orthodoxes byzantins | Orthodoxes orientaux |
|---|---|---|
| Églises | Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Russie, Grèce, Roumanie, Serbie, Bulgarie, Géorgie et d’autres. | Copte, apostolique arménienne, éthiopienne tewahedo, érythréenne tewahedo, syriaque et malankare (Inde). |
| Conciles œcuméniques | Sept, de Nicée (325) à Nicée II (787), dont Chalcédoine (451). | Trois, Nicée (325), Constantinople (381) et Éphèse (431). |
| Manière de décrire le Christ | Une seule personne en deux natures, divine et humaine, « sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation ». | Une seule nature unie du Dieu Verbe incarné, pleinement divine et pleinement humaine, sans mélange ni confusion. |
| Étiquette | Dyophysite (« deux natures »), dans la ligne de Chalcédoine et du Tome du pape Léon. | Miaphysite (« une seule nature unie ») ; elles rejettent l’étiquette de « monophysite ». |
| Figures contestées | Honore Léon de Rome et les Pères de Chalcédoine ; rejette Dioscore et Sévère d’Antioche. | Honore Dioscore d’Alexandrie et Sévère d’Antioche comme saints ; rejette le Tome de Léon. |
| Liturgie | Le rite byzantin, principalement la divine liturgie de saint Jean Chrysostome. | Plusieurs rites anciens, copte, arménien, éthiopien (guèze) et syriaque occidental. |
| Langues liturgiques | Grec, slavon d’Église, roumain, géorgien, arabe et langues modernes. | Copte, arménien classique, guèze, syriaque, aux côtés de l’arabe, du malayalam et d’autres langues. |
| Calendrier | Pâques selon le calendrier julien ; fêtes fixes selon le calendrier julien ou julien révisé. | Calendriers propres (copte, éthiopien) ; les Arméniens célèbrent Noël avec l’Épiphanie le 6 janvier. |
| Organisation | Des Églises autonomes, le patriarche de Constantinople étant le premier en honneur. | Des Églises indépendantes en communion les unes avec les autres, sans qu’aucune ait la primauté d’honneur. |
Ce qu’ils ont en commun
- Les deux professent le symbole de Nicée sans le filioque et enseignent que le Christ est pleinement Dieu et pleinement homme.
- Les deux ont sept sacrements, ou saints mystères, des prêtres mariés et des évêques moines célibataires.
- Les deux honorent Marie comme Theotokos, « Mère de Dieu », selon la définition du concile d’Éphèse en 431, et vénèrent les saints et les icônes.
- Les deux observent de longs jeûnes, d’anciennes traditions monastiques et une liturgie entièrement chantée.
- Aucune n’est en communion avec Rome, mais toutes deux ont des Églises catholiques orientales qui leur correspondent.
En bref
- I.Les Églises orthodoxes de tradition byzantine, comme celles de Constantinople, de Grèce et de Russie, et les Églises orthodoxes orientales, copte, arménienne, éthiopienne, érythréenne, syriaque et malankare de l’Inde, sont séparées depuis le Ve siècle.
- II.La division est née du concile de Chalcédoine en 451, qui enseigna que le Christ est une seule personne en deux natures, formule que les Églises orientales rejetèrent au profit du langage de Cyrille d’Alexandrie, celui d’une seule nature unie.
- III.Les orthodoxes byzantins qualifient leur position de dyophysite, « deux natures », tandis que les orthodoxes orientaux décrivent la leur comme miaphysite, « une seule nature unie », et rejettent l’ancienne étiquette de « monophysites ».
- IV.Les deux familles partagent les sacrements, le monachisme, les icônes et une grande partie de leur culte, et depuis les années 1960 des théologiens des deux bords ont conclu qu’elles professent la même foi en des mots différents, même si la pleine communion n’a pas encore été rétablie.
Ce que montrent les archives
- Le concile de Chalcédoine, en 451, déposa le patriarche Dioscore d’Alexandrie et adopta une définition du Christ comme une seule personne « en deux natures ».
- Les tentatives de réconciliation, comme l’Hénotique de l’empereur Zénon en 482 et la politique de Justinien au VIe siècle, ne parvinrent pas à réunir les Églises.
- Au VIe siècle, Jacques Baradée ordonna des évêques pour les Églises antichalcédoniennes de Syrie, que l’on appela plus tard, de l’extérieur, « jacobites », et l’Église arménienne rejeta officiellement Chalcédoine.
- Le dialogue officiel a abouti en 1989 et 1990 à des déclarations communes affirmant que les deux familles ont conservé la même foi orthodoxe au Christ.
Idées reçues
- On appelle souvent les orthodoxes orientaux « monophysites », comme s’ils croyaient que le Christ n’avait qu’une nature divine. Ils rejettent cet enseignement, qu’ils condamnent eux aussi, et affirment que le Christ est pleinement homme et pleinement Dieu.
- On pense parfois que la séparation fut purement théologique. La langue, les identités régionales et la résistance au pouvoir impérial de Constantinople jouèrent aussi un grand rôle, comme le soulignent les historiens.
- Certains supposent que les Églises orientales sont de petites ramifications de l’orthodoxie byzantine. Ce sont des Églises anciennes à part entière, enracinées dans les missions apostoliques et paléochrétiennes en Égypte, en Arménie, en Syrie, en Éthiopie et en Inde.
Chapitre I
Le concile de Chalcédoine
Au Ve siècle, la grande question de la théologie chrétienne était de savoir comment le Christ pouvait être à la fois Dieu et homme. Le concile d’Éphèse, en 431, mené par Cyrille d’Alexandrie, condamna Nestorius, archevêque de Constantinople, parce qu’il semblait diviser le Christ en deux. Cyrille parlait d’« une seule nature du Dieu Verbe incarné », signifiant par là que la divinité et l’humanité étaient véritablement unies en une seule réalité vivante. Peu après, un moine nommé Eutychès alla plus loin et sembla dire que l’humanité du Christ était absorbée dans sa divinité, position condamnée par les deux camps.
En 451, l’empereur Marcien réunit un concile à Chalcédoine, près de Constantinople. Guidé par une lettre du pape Léon Ier, le Tome, il définit le Christ comme une seule personne « en deux natures », unies « sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation ». Il déposa aussi Dioscore, le successeur de Cyrille à Alexandrie. Pour beaucoup, en Égypte et en Syrie, l’expression « en deux natures » sonnait comme un retour à l’enseignement de Nestorius et une trahison de Cyrille. Ils rejetèrent le concile.
Pendant plus d’un siècle, les empereurs tentèrent de rétablir l’unité. L’Hénotique de Zénon, en 482, et les efforts de Justinien au VIe siècle échouèrent, et des évêques antichalcédoniens furent parfois exilés. L’évêque Jacques Baradée parcourut la Syrie en ordonnant des clercs pour les communautés qui rejetaient le concile, et à la fin du VIe siècle des hiérarchies distinctes existaient en Égypte et en Syrie. L’Église arménienne, qui n’avait pas participé à Chalcédoine, le rejeta officiellement au VIe siècle, et l’Église éthiopienne suivit Alexandrie. Les conquêtes arabes du VIIe siècle mirent fin à la domination byzantine en Égypte et en Syrie et figèrent la séparation.
Chapitre II
Doctrine et pratique
Les deux familles enseignent que le Christ est pleinement Dieu et pleinement homme, un seul et même Fils de Dieu. La différence tient au vocabulaire. Les orthodoxes byzantins, à la suite de Chalcédoine, disent que le Christ est une seule personne en deux natures, divine et humaine, et ils acceptent sept conciles œcuméniques. Les orthodoxes orientaux, à la suite de Cyrille, disent que le Christ a une seule nature unie, mia physis, à la fois pleinement divine et pleinement humaine, et ils n’acceptent que les trois premiers conciles. Chaque camp a historiquement soupçonné l’autre d’une hérésie qu’en réalité aucun des deux n’enseigne : les Églises orientales craignaient que « deux natures » ne divise le Christ, tandis que les chalcédoniens craignaient qu’« une seule nature » n’efface son humanité.
Les deux familles honorent aussi des figures différentes. Les orthodoxes byzantins vénèrent le pape Léon et les Pères de Chalcédoine ; les orthodoxes orientaux honorent Dioscore d’Alexandrie et Sévère d’Antioche comme saints. De petites différences dans la prière font encore écho à l’ancienne controverse. Dans l’hymne du Trisagion, « Dieu saint, Saint fort, Saint immortel, aie pitié de nous », les Églises orientales ajoutent les mots « qui as été crucifié pour nous », un ajout associé à Pierre le Foulon, patriarche d’Antioche au Ve siècle. Les chalcédoniens objectaient qu’il semblait attribuer la souffrance à toute la Trinité, tandis que les Églises orientales comprennent l’hymne comme adressé au Christ seul. Pour le reste, leur vie ecclésiale est d’une similitude frappante. Les deux ont sept sacrements, des prêtres de paroisse mariés et des évêques moines, la vénération des icônes et des saints, et de longues périodes de jeûne.
Leur culte s’est cependant développé dans des cultures différentes. Les orthodoxes byzantins utilisent le rite byzantin en de nombreuses langues. Les Églises orientales conservent leurs propres rites anciens : la liturgie copte en copte et en arabe, l’arménienne en arménien classique, l’éthiopienne et l’érythréenne en guèze, et les Églises syriaque et indienne en syriaque et dans les langues locales. Le christianisme éthiopien a des traditions qui lui sont propres, notamment le tabot, une tablette d’autel consacrée qui représente l’arche d’alliance, un canon biblique plus large et l’observance du samedi aussi bien que du dimanche comme jours saints.
Chapitre III
Les deux familles aujourd’hui
Les Églises orthodoxes de tradition byzantine comptent environ 200 millions de fidèles, concentrés en Russie, en Ukraine, en Roumanie, en Grèce, en Serbie, en Bulgarie, en Géorgie et au Moyen-Orient. Les orthodoxes orientaux sont environ 60 millions, même si les estimations varient fortement. La plus grande de leurs Églises, de loin, est l’Église orthodoxe éthiopienne tewahedo, suivie de l’Église copte orthodoxe d’Égypte, de l’Église apostolique arménienne et des Églises de l’Inde, de Syrie et d’Érythrée. Chacune de ces Églises a sa propre longue histoire. L’Arménie adopta le christianisme comme religion d’État au début du IVe siècle, selon la tradition en 301, grâce à la prédication de saint Grégoire l’Illuminateur. Le royaume éthiopien d’Aksoum devint chrétien sous le roi Ezana au IVe siècle, et pendant des siècles le chef de son Église fut un évêque envoyé d’Alexandrie, jusqu’à ce que l’Église éthiopienne obtienne son propre patriarche en 1959. Les chrétiens du Kerala, en Inde, font remonter leur foi à l’apôtre Thomas ; une partie de cette communauté rejoignit la tradition syriaque orthodoxe au XVIIe siècle. Beaucoup de chrétiens orientaux du Moyen-Orient ont émigré au cours des dernières décennies, et d’importantes diasporas vivent désormais en Europe, en Amérique du Nord et en Australie.
Le dialogue entre les deux familles a commencé par des rencontres officieuses de théologiens à Aarhus, au Danemark, en 1964, et s’est poursuivi au sein d’une commission mixte officielle. Ses déclarations communes de 1989 et 1990 ont affirmé que les deux camps ont conservé la même foi au Christ, exprimée en des termes différents, et ont proposé de lever les condamnations passées. Certaines Églises ont depuis conclu des accords pastoraux, comme celui passé en 1991 entre les patriarcats grec-orthodoxe et syriaque orthodoxe d’Antioche. Des questions demeurent sur la manière de considérer les conciles ultérieurs et les saints que chaque camp avait autrefois condamnés, et la pleine communion attend une acceptation officielle par les Églises.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre orthodoxes byzantins et orthodoxes orientaux ?
Ils divergent au sujet du concile de Chalcédoine de 451. Les orthodoxes byzantins acceptent son enseignement selon lequel le Christ est une seule personne en deux natures ; les orthodoxes orientaux préfèrent parler d’une seule nature unie et n’acceptent que les trois premiers conciles œcuméniques.
Quelles Églises sont orthodoxes orientales ?
L’Église copte orthodoxe d’Alexandrie, l’Église apostolique arménienne, l’Église orthodoxe éthiopienne tewahedo, l’Église orthodoxe érythréenne tewahedo, l’Église syriaque orthodoxe d’Antioche et l’Église orthodoxe syrienne malankare en Inde.
Que signifie miaphysite ?
Le mot vient du grec et signifie « une seule nature » ; il désigne la croyance selon laquelle, dans le Christ, la divinité et l’humanité sont unies en une seule nature sans mélange ni confusion, selon le langage de Cyrille d’Alexandrie.
Les orthodoxes byzantins et orientaux sont-ils en communion ?
Pas entièrement. Des théologiens des deux bords ont reconnu qu’ils partagent la même foi au Christ, et certaines Églises ont conclu des accords pastoraux, mais les Églises n’ont pas officiellement rétabli la communion.
Sources et lectures complémentaires
- Richard Price and Michael Gaddis (trans.), The Acts of the Council of Chalcedon (3 vols, Liverpool University Press, 2005)
- W. H. C. Frend, The Rise of the Monophysite Movement (Cambridge University Press, 1972)
- John Binns, An Introduction to the Christian Orthodox Churches (Cambridge University Press, 2002)
- Aziz S. Atiya, A History of Eastern Christianity (Methuen, 1968)
- Timothy Ware, The Orthodox Church (new edn, Penguin, 1993)